1.
- Maman, papa, il faut que je vous parle.
J'avais retourné le problème maintes et maintes fois au risque de la surchauffe neuronale mais je ne pouvais pas faire autrement. Ils avaient toujours été là pour moi durant les moments difficiles alors je leur devait bien ce moment d'honnêteté.
Mais j'avais peur de leurs réactions. Je voyais déjà le visage de Paule, ma mère, se figer sous l'effet de la nouvelle. Alors l'incompréhension suivrait, les multiples questions, les « Pourquoi? », « Comment ça se fait? » et autres interrogations qui me plongeraient bien dans l'embarras. Note pour moi même : je suis dans le caca.
J'avais dressé un plan de bataille pour y faire face. Tout d'abord la motivation des troupes. Aller Mimi, faut que tu leur dises. Tu peux pas leur mentir éternellement.
C'est comme un pansement que l'on enlève. On tire un coup sec et c'est fini. J'ai toujours détesté enlever les pansements... ça fait trop mal et puis on perd des poils (euh oui je suis poilu. Trop selon moi, mais j'aborderai plus tard le sujet « bigfoot »).
Ensuite le choix du terrain. Là j'avais pas trop eu le choix et la terrasse de la maison de mes parents s'était imposée, lors des visites dominicales que je leur rendait une à deux fois par mois. J'aurai toujours comme solution de repli ma voiture garée à quelques mètres de là. Hop, un coup de démarreur et il ne resterait plus qu'un petit nuage de poussière derrière moi, façon Bip Bip. Je suis sur que Sylvain Mirouff serait vert de jalousie de voir mes talents pour faire disparaître les choses ( en l'occurrence ici, moi-même) quand ça tournait un peu au vinaigre. Mais cela ne réglerait pas la question.
Donc j'avais amené des alliées avec moi. Mes deux s½urs : Elise et Alice. Elles étaient déjà au courant pour moi et ça serait pas trop de les avoir comme bouées de sauvetage en cas de raz de marée. J'allais bientôt devenir un no mans land. Mais c'était trop tard, j'avais déjà tirer le premier coup de feu. Je ne pouvais plus refaire machine arrière.
- Qu'est ce qui se passe mon minou?
Ma mère excelle dans l'art de m'affubler de surnoms qui seraient idéal pour un enfant de 8 ans. J'en ai 31. No comment (je passe sur les petits cri de chats échaudés poussé par Andréa, ma colloc quand j'avais ma génitrice au téléphone).
J'avais le c½ur qui battait super fort. Je peux rayer la grosse caisse de la liste de mes futurs incarnations possibles. C'est pas très agréable.
Je fixai mon verre de coca light d'un air concentré. Tout mais ne pas croiser le regard de ma mère. Pour ce qui est d'Antoine, mon père, j'avais un peu moins de scrupules. Je suis sûr que ça lui passerait un peu au dessus de la tête. A part ses travaux de bricolages chez les uns et les autres pour occuper sa retraite et son jardin, le champs de préoccupations de mon père était assez limité. Mais il était comme ça et c'est comme ça que je l'aime mon papa.
- Bon voilà...
Mais comment j'allais m'en sortir. D'un seul coup tout mon plan de bataille s'envolait sous mes yeux. Je réalisai subitement qu'il y avait une très grande différence entre prévoir les choses et les appliquer réellement quand on est en plein dedans. A mon grand désespoir j'ai toujours été plus doué en théorie qu'en pratique. Bien que certains de mes amis aiment à plaisanter à ce sujet en parlant de mes relations précédentes. Limite je pourrai passer pour un chaud lapin. Ce qui n'est plutôt pas le cas. Je serai plutôt du genre craintif. C'est ça, Bambi, c'est moi. Et puis la place de Panpan le lapin est déjà prise de toute façon.
Je rassemblai tout le courage qui me restait, c'est à dire plus grande chose car j'avais l'impression d'être une passoire géante à travers s'écoulait cette précieuse énergie dont j'avais tant besoin. Tant pis. Je me lançais :
- Je sais bien que ces derniers temps, j'ai été un peu en recul. Je vous ai pas trop parlé de ma vie privée car justement, c'était un peu le souk. Et surtout je ne voulais pas vous inquiéter.
- Comment ça nous inquiéter?
- Laisse-moi finir maman. S'il te plait. J'y arriverai pas sinon. Donc je disais que dernièrement je vous ai pas trop données de nouvelles concernant ma vie personnelle. Et c'est parce qu'il y avait une raison. Ou plusieurs plutôt. La première c'est que justement il n'y avait pas de nouveautés dans ma vie amoureuse. Et puis j'étais surtout en pleine remise en question.
Je sentais une goutte de sueur couler le long de ma tempe. Le moment fatidique approchait. J'allais provoquer un nouvel Hiroshima. J'aurai du prévoir les combinaisons anti-radiations... Bon j'y étais presque. Un coup d'½il vers Paule m'indiqua qu'elle était en pleine interrogation. Que pouvais-je avoir de si important à leur dire après tout ce que je leur avait déjà fait part depuis quelques années?
Je continuai sur ma lancée.
- Je sais très bien que vous aller peut-être penser que je vous fait une blague comme j'ai l'habitude. Mais là, ça n'est pas le cas.
Petits gloussements du côté d'Alice. La traitresse. Tu parlais d'une alliée. Je lui jetai un regard agacé ( le 9b) et elle repris son sérieux. Avec quelques difficultés.
- Donc voilà, ce que j'avais à vous dire c'est que... Enfin...
C'est fou ce qu'un verre de boisson gazeuse pouvait être captivant en certaines occasions. L'eau des glaçon qui descend au fond du verre en provoquant des arabesques dans le liquide ambré saturé de bulles. La condensation qui s'accumule autour du verre et qui forment des gouttes qui dégoulinent le long du récipient. Voilà en ce moment j'étais un grand verre de coca light rempli de turbulences et sous pression. Et avec la goutte qui coule sur le côté. Je portais le verre à mes lèvres et le vidait d'un seul trait. Il ne restait plus qu'à faire de même avec moi. Missile armé. J'appuyai sur le bouton rouge.
- Allez j'arrête de tourner autour du pot. Maman, Papa, je suis hétéro.
A suivre...
Mikhael

